Vélo by Léo — Lionel Solheid

Bora 2022: la montagne plutôt que Sagan

Pour l’équipe allemande Bora-Hansgrohe, 2022 semble marquer une rupture spectaculaire dans son histoire. Et pour cause, elle voit s’en aller celui qui fut sa figure de proue durant des années, le fantasque slovaque Peter Sagan. Durant cinq ans, il lui aura tout de même offert un titre mondial, un Paris-Roubaix, un Gand-Wevelgem, un Kuurne, cinq étapes sur le Tour de France et deux maillots verts, et enfin une étape du Giro et le maillot cyclamen. Sagan est parti vers la France (Total Energies), emmenant avec lui son frère, mais aussi le Polonais Maciej Bodnar et le vétéran italien Daniel Oss.

Pour autant, c’est loin d’être la fin du monde, que du contraire ! D’abord parce que Sagan était moins « mordant » ces derniers temps, et surtout parce que la direction allemande a réussi quelques gros coups qui permettent de dire que cette équipe pourra rivaliser sur les grands tours, avec les plus grosses machines que sont Ineos, Jumbo ou UAE.

Des grimpeurs et vainqueurs de tours en puissance

Bora est parvenu à conserver d’excellents coureurs comme l’Allemand Emanuel Buchmann qui, même si les résultats étaient moins probants ces deux dernières années, a tout de même fini 4e du Tour de France 2019; son jeune compatriote Lennard Kämna, qui s’était révélé dans la montagne du Tour 2020, en gagnant l’étape de Villard-de-Lans, et une étape du Dauphiné, et surtout le Néerlandais Wilco Kelderman, 5e du Tour l’an dernier, après être monté sur le podium du Giro l’année avant (avec trois jours en rose), et avoir fini 4e de la Vuelta en 2017.

Un trio auquel on peut aussi ajouter l’Allemand Maximilian Schachmann, dont on a compris, avec sa double victoire finale dans la course du soleil, qu’il était autre chose qu’un coureur de classiques.

Mais manifestement, et les chiffres l’attestent, cela reste insuffisant pour rivaliser avec les puissantes armadas alignées dans les grands tours. Raison pour laquelle les dirigeants teutons ont sorti les liasses de billets pour constituer une équipe plus forte encore pour ce type d’objectifs. Voyez vous-mêmes…ils sont parvenus à engager trois coureurs dont le potentiel en la matière n’est plus à prouver et qui, dans ce contexte favorable, pourraient bien franchir un palier vers les plus hauts sommets. Il s’agit, sans en faire de hiérarchie pour autant, du Colombien Sergio Higuita ((25e du Tour l’an dernier et vainqueur d’une étape de la Vuelta en 2019); l’Australien Jai Hindley (2e du Giro 2020, et porteur un jour du maglia rosa, ainsi qu’une 2e place finale au Tour de Pologne), et probablement le plus doué des trois, le Russe Aleksandr Vlasov, 4e de la Vuelta (vainqueur d’une étape) et du Giro l’an dernier, et 2e, derrière son nouvel équipier Schachmann, à Paris-Nice.

Du talent, il y en a, et qui sait si celui qui en regorge le plus, de manière brut, n’est pas le plus jeune de la bande… Bora va en effet avoir la lourde tâche de polir ce petit diamant qu’est notre compatriote Cian Uijtdebroeks, 19 ans le 28 février prochain. Le jeune hannutois a des prédispositions impressionnantes lorsque la route s’élève. Il l’a prouvé chez les juniors, en remportant de manière gargantuesque deux courses de premier plan international, la Classique des Alpes et Aubel-Thimister-Stavelot. Le très souriant hesbignon a aussi des qualités de rouleur: on a pu le constater avec son titre national dans le chrono, sa médaille d’argent aux championnats d’Europe de la discipline et sa 6e place aux mondiaux. Il est clair que Cian est là pour apprendre le métier: il le fera dès le Challenge de Majorque, avant d’être aligné au Tour de Murcie, à la Clasica de Almeria, et en France, à l’Ardèche Classic et la Drôme Classic, deux beaux terrains de jeu, où il pourrait même déjà s’illustrer, avant de rejoindre ensuite la Semaine Internationale Coppi e Bartali. Pas d’épreuve World Tour, pas question de le brûler. On pourra revoir Cian en Belgique pour le championnat de Belgique de contre-la-montre, le 23 juin.

Sam Bennett de retour

C’est assurément l’autre transfert retentissant de l’équipe allemande, avec le retour du sprinter irlandais, parti fâché avec Patrick Lefevere, de Quickstep. Et Sam Bennett aura la lourde tâche de succéder à l’Allemand Pascal Ackermann, parti chez UAE. Avec ses 56 victoires, dont 8 sur des grands tours, et le tout premier maillot vert sur la Grande Boucle de sa carrière, en 2020, Bennett est bien entendu une valeur sûre. Qui plus est, il revient chez Bora avec son poisson-pilote fétiche, le Néo-Zélandais Shane Archbold, mais pourra aussi compter sur deux autres sprinters « de rechange », le Néerlandais Danny Van Poppel, qui a quitté Intermarché-Wanty-Gobert, et notre jeune compatriote Jordi Meeus. A 23 ans, le jeune limbourgeois a déjà montré ses capacités de sprinter, en devançant, par exemple, Arnaud Démare, l’an dernier, à Paris-Bourges. Et l’ex-champion de Belgique espoirs (2020) a cette année envie de se découvrir sur les classiques flandriennes.

Sur ce type de parcours d’ailleurs, l’équipe comptera avant tout sur le géant allemand, Nils Politt, qui affectionne tout spécialement Paris-Roubaix (2e en 2019), sur Van Poppel, mais aussi sur le nouveau transfuge autrichien, Marco Haller (10e du GP de l’E3 l’an dernier), en provenance de Bahrein-Merida.

Enfin, dans les classiques ardennaises, en plus de Schachmann ou de coureurs comme l’Autrichien Felix Grosschartner, Bora confiera une grande partie de ses attentes dans une de ses grandes révélations de l’année dernière, le Néerlandais Ide Schelling, pas encore récompensé de ses audaces.

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