Vélo by Léo — Lionel Solheid

Christophe Brandt, l’humaniste

On a perdu le goût de la vie en groupe

« Avec les coureurs, c’est essentiel de transmettre, parce qu’on a face à nous des jeunes qui ont beaucoup d’informations, mais par bribes, et ils ont besoin de personnes qui leur disent ce qui est bon pour eux. Un Garmin ne te dit pas ce qui est bon pour toi ! ».

Christophe a conscience que dans le cyclisme actuel, il faut prendre en compte de nouvelles données comme la puissance, les watts… « des domaines que nous ne maitrisons peut-être pas aussi bien qu’eux finalement, mais le suivi mental et l’avis d’un ancien coureur sont toujours précieux, ça les fait avancer ».

Il est vrai que depuis le début de sa carrière, Christophe a toujours voulu privilégier les relations humaines. « J’ai beaucoup appris au contact de certains coureurs, de directeurs sportifs, soigneurs, mécanos, de la vie en communauté en fait, que j’appréciais ». L’Olnois affirme que lorsqu’il a quitté le peloton, il n’avait que des amis, « parce que j’ai toujours été attentif aux gens ».

A cause des nouveaux moyens de communication, des écrans, réseaux sociaux, Christophe trouve que l’on a perdu le goût de la vie en groupe. « Je m’en rends compte aujourd’hui, notre génération était bien plus crédule. Avant, comme coureur, nous n’avions aucun contact avec l’extérieur lorsque nous partions pour un programme de courses, parce qu’il n’y avait pas de GSM et aujourd’hui, la première chose pour laquelle ils s’inquiètent, c’est de savoir s’il y a du wi-fi (rires). Mais on doit évoluer avec cette nouvelle génération, leur nouvelle manière de communiquer…et parvenir à leur transmettre, malgré cela, cet esprit de convivialité. En fonction de leur personnalité à chacun, ce qui est aussi enrichissant pour nous ».

Christophe a conservé ce rapport très humain dans ses fonctions actuelles. « Je pense que c’est pour cela que cela fonctionne bien dans des équipes à petit budget. L’esprit humain et familial y est primordial. Je tiens à ce qu’il perdure, même si parfois c’est à contre-courant, tout simplement parce que cette manière d’être a jalonné tout mon parcours ».

« Tu apprends à les connaître »

Cette vision des choses ne percole pas toujours auprès de certains jeunes… « parce qu’ils ne sont plus éduqués de cette manière, et parfois tu te ramasses de belles claques. Par contre, si tu rencontres des jeunes réceptifs, c’est le bonheur ». Christophe prend en particulier l’exemple de Ludovic Robeet… (ndla: qui vient de remporter en début de saison la classique Nokere-Koerse) « 1M94, 62 kilos à ses débuts, une « grande tige » et aujourd’hui, parce qu’il était à l’écoute, c’est devenu un coureur à part entière. Il est vrai qu’il s’agissait d’un vrai défi…cela l’était moins par exemple avec un garçon comme Loïc Vliegen, car il avait déjà toutes les aptitudes de base pour en faire un coureur ».

De nouveau, Christophe insiste sur la transmission et le contact humain. « C’est tellement beau de pouvoir leur apporter quelque chose, surtout qu’ils se sont engagés à faire du sport de haut niveau, et c’est contraignant, plus de déceptions que de satisfactions. Tout dépend aussi de leur entourage, quand il y en a un… tu apprends à les connaitre ».

Et pour y parvenir, les méthodes ont aujourd’hui bien changé : « Avant, on se souciait peu du caractère des coureurs, de leur personnalité. Aujourd’hui, c’est devenu crucial, raison pour laquelle on utilise le questionnaire ComColors sur l’intelligence émotionnelle pour mieux les cerner. Cela nous permet de les aborder, au cas par cas ». Et Christophe utilise aussi cette méthode avec les membres du bureau du TRW, « pour mieux connaitre les personnes que tu diriges, savoir comment leur parler, lorsqu’il s’agit par exemple de donner des directives ».

Le manager de l’équipe estime que grâce à cette méthode, le groupe des directeurs sportifs mûrit un peu plus chaque année. Et avec notre expérience, on a beaucoup à leur apporter. On doit intervenir sur leur ressenti, leur savoir-vivre, sur la vie en général, bien plus que sur l’aspect technique, pour lequel, à la limite, on commence à être dépassés. C’est d’autant plus pertinent que désormais, les coureurs segmentent tout : l’entrainement, la diététique, etc. on est là pour créer la synthèse ! ».

Et parfois, ce sont des détails qui peuvent faire la différence… « Savoir si le coureur se sent bien chez lui, qu’il est bien dans son couple, si ses enfants dorment bien la nuit, s’il n’y a pas de conflit au sein du groupe, des exemples basiques, mais c’est primordial, car si tu es au courant, tu peux mieux communiquer avec lui… C’est cette aventure émotionnelle, que le milieu du vélo peut véhiculer, qui me semble la plus intéressante ».

Et la sagesse vient aussi avec les années… « tu apprends à mieux fonctionner avec des personnes qui n’ont pas le même caractère ou avec qui tu as moins d’affinités, qui n’ont pas la même vision des choses que toi ».

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