Vélo by Léo — Lionel Solheid

Jean Simon, du patro au Pesant

Les courses, en Flandre, une vraie mafia…

Du vélo sur le tard…

« Il fallait que je monte sur un mur pour grimper sur la selle »... l’image parle d’elle-même: en guise de premier vélo, pas question d’un petit pour les gamins, Jean a effectué ses premiers coups de pédale sur un vélo d’adulte. « C’était l’époque du patro, à Mons-lez-Liège, on allait jusqu’à Hamoir, Durbuy, Petit-Han à véloon partait en camp pour une quinzaine de jours; j’avais 10-12 ans, j’étais un des plus jeunes, mais déjà à ce moment-là, j’étais un des plus forts sur deux roues« .

C’est le papa de Jean qui va doucement l’amener vers le vélo de compétition… « Je faisais du football à l’époque, à Mons-lez-Liège, mais mon père était un acharné de cyclisme et c’est en 1953 que j’ai fait ma toute première course, à l’âge de 17 ans, ce qui était déjà relativement tard… » Le premier club de Jean, c’est celui de Jemeppe-sur-Meuse, qui était aussi le plus proche « mais je ne suis pas resté longtemps, peut-être un an, puisque j’ai rejoint le Pesant Club Liégeois: c’est Emile Masson fils qui y donnait des cours (ce Liégeois a dans sa carrière remporté la Flèche Wallonne, Paris-Roubaix et l’extraordinaire Bordeaux-Paris) ».

Pour ses entraînements, Jean Simon effectuait parfois de longues sorties: « je roulais parfois jusqu’à Dinant, pour faire de l’endurance, des heures de selle: il ne fallait pas spécialement réaliser à l’entraînement le kilométrage que nous réalisions en course…sans quoi, vous imaginez quel entraînement il aurait fallu faire pour Bordeaux-Paris (rires). Il me manquait quand même des bons conseils et des entraînements collectifs, comme on fait maintenant ».

De la période du Pesant, le Flémallois a côtoyé des coureurs qui sont aussi devenus professionnels par la suite: « Par exemple, le Polonais Tadeusz Wierucki (né dans le quartier de La Brouck, près de Trooz), qui a ensuite couru pour l’équipe St Raphaël-Geminiani, et notamment aux Tours de France de 1959 et 1960 (le bonhomme remporta le titre provincial avec le Pesant en ’59). le Pesant, c’était le plus grand club de la province. Avec cette équipe, j’ai aussi participé aux interclubs, des contre-la-montre par équipes, aux côtés de Jean Brankart (la star de Momalle a fini 2e du classement final du Tour de France 1955, derrière Louison Bobet et devant Charly Gaul, et 2e du Giro, en ’58, derrière Enrico Baldini, et de nouveau devant Gaul, où il a remporté le GP de la Montagne; il a aussi gagné le GP du Midi Libre)…je me souviens qu’on faisait des chronos en circuit: on roulait vers Esneux, Hamoir, on montait la côte d’Ouffet, puis on revenait, via Hoûte si Plout, environ 45 km ». Des interclubs qu’ils ont remporté à plusieurs reprises, seul le club de Magnée étant parvenu à les devancer une fois à cette époque-là. En 1961, figurait à la 3e place l’équipe de la Pédale Liégeoise, au sein de laquelle on retrouvait Willy Vliegen, le grand-père de Loïc, actuel pro chez Intermarché-Wanty-Gobert, alors que le club de Dolhain finissait 5e, avec notamment Guy Vallée, dont je vous parle dans l’A propos.

A cette époque, Jean était encore amateur, au contraire de Brankart qui était professionnel. Puis il y avait aussi ce que l’on appelle les « Indépendants ». « Malgré l’appréhension que je nourrissais à rouler contre eux, ça a plutôt bien fonctionné, puisque je roulais mieux que les « indés »: cette année-là, avec Brankart, on a même battu le record de vitesse de l’épreuve ».

Le service militaire ralentit le lancement de carrière

Jean était un tenace, un dur au mal: « la toute première course que j’ai faite, je l’ai terminée, mais je manquais clairement d’entraînement… la deuxième, j’ai abandonné, et à la troisième, j’ai fini troisième…c’est seulement après que j’ai pris une licence de débutant, pour l’année suivante, en 1954 ».

1954. Synonyme de toute première victoire. Sur ses terres… « j’ai gagné à Jemeppe, puis j’ai gagné à Jehay, et au Pont-de-Bonne ». La qualité majeure du jeune flémallois, c’est son étonnante capacité de récupération« à la limite, plus la course était longue, mieux je marchais…parfois c’était un peu incompréhensible d’ailleurs: je traînais un peu la patte durant la course et c’est seulement dans le final que mes forces revenaient…je devenais plus « méchant » à la fin ».

En 1955, Jean passe de la catégorie des débutants à celle des amateurs à proprement parlé… « J’ai fait toute la saison, puis j’ai dû faire mon service militaire durant 18 mois. J’étais caserné à Bruxelles et je revenais chez moi à vélo…je n’aimais pas l’armée. Une fois j’ai failli ne jamais revenir: j’avais dû monter de garde, puis j’étais parti pour mes 100 km jusqu’en région liégeoise, et je revenais le soir à Bruxelles, en train…j’en pouvais plus. Je faisais cela pour m’entraîner, mais franchement c’était ridicule. Et lorsque je faisais l’une ou l’autre course, forcément, je n’étais pas du tout à mon avantage ».

Jean a aussi été caserné à Bierset: « le commandant me donnait deux jours par semaine pour m’entraîner, mais à Bruxelles, c’était niet !  » Après son service, Jean est « envoyé » chez Emile Masson père (vainqueur du Tour de Belgique et comme son fils de Bordeaux-Paris, il avait terminé 5e du Tour de France 1920), mais il ne peut reprendre la compétition qu’en 1958.

« Et c’est seulement l’année suivante, voire l’année d’après que je me remets à réaliser de bons résultats, en tant qu’indépendant: la grosse différence, c’est qu’on faisait de plus longues courses: je me souviens de mon passage chez les indés…je venais de gagner à Pepinster, dans la rue Jean Simon (clin d’oeil),, et quelques jours plus tard, je montais de catégorie, et je terminais 8e de ma première course, dans le Hainaut. Le rythme était bien plus soutenu ». Jean court aussi avec les professionnels, notamment des épreuves dans le Limbourg… « mais l’organisation de ces courses, c’était une vraie mafia...nous les Wallons, on avait tout intérêt à se rendre après course à la photo-finish, pour être certains de bien être classés, sans quoi, ils faisaient passer les Flamands devant: on se battait déjà dans la course pour se faire sa place, et il fallait encore le faire une fois qu’elle était terminée. C’était vraiment fatigant tout ce cinéma ».

En amateurs, la plupart des courses se déroulaient en Flandre, pour l’essentiel des kermesses. « Dans la région, il y avait juste le Triptyque Ardennais, mais surtout Romsée-Stavelot-Romsée, que j’ai fini à la 5e place; le GP de Heusy, où j’ai terminé à la troisième place ».

En 1960, Jean gagne des courses amateurs à Tongres, Alleur, Villers-le-Temple, etc., A l’époque, la presse le considère comme le meilleur espoir du cyclisme provincial. Il prend part à son premier Tour de Belgique des « Indés »…l’aventure dans le marchepied du monde professionnel est en route, il franchira le cap à, plein pot l’année suivante.

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