Vélo by Léo — Lionel Solheid

Movistar 2022: plus de trident avec Lopez, mais une double lame Mas-Valverde

Pour la toute première fois, la direction de l’équipe espagnole, qui fête ses 43 ans de présence dans le peloton (un record ! avec ses précédentes appellations comme Reynolds ou Banesto), et ses 20 ans de collaboration avec l’opérateur Telefonica, présentait en un même événement les trois effectifs du team, l’équipe masculine, l’équipe féminine, et l’équipe e-sport.

Tiraillée ces dernières années par pléthore de leaders, souvenez-vous des mésententes avec Quintana en 2019, ou les difficultés l’an dernier avec « Superman Lopez », la Movistar a voulu se simplifier la vie : il a donc laissé le Colombien Juan Manuel Lopez revenir chez Astana, mais voit aussi son fidèle capitaine Marc Soler, rejoindre l’ombre de Pogacar, chez UAE-Emirates.

Coup de projo sur Mas dans les grands tours

Pour autant, l’équipe ne compense pas spécialement ces départs dans les rôles de patrons de courses qu’occupaient ces deux coureurs, attribuant le leadership à Enric Mas sur les grands tours, et à Alejandro Valverde, sur les classiques. Valverde, qui aura 42 ans en avril prochain, avait annoncé mettre un terme à sa carrière, mais il a finalement décidé de s’offrir un extra, et si l’acète murcian le fait, c’est pas du tout pour faire de la figuration. Même si, avec son record de 5 victoires à la Flèche wallonne, ses 4 Doyennes, une Vuelta, un titre mondial, et bien d’autres succès, l’Espagnol n’a plus rien à prouver au peloton. L’an dernier, il a remporté une étape au Dauphiné, finit 3e à Huy, 4 à Liège et 5e à Valkenburg…le vétéran a donc encore du jus.

Néanmoins si l’on doit confier au seul Mas le leadership sur les grands tours, face aux puissantes équipes comme Ineos, UAE, Jumbo ou encore Bora, cela risque d’être un peu faiblard, d’autant qu’à l’exception de sa 2e place l’an dernier à la Vuelta, voire ses 5 et 6e places sur deux Tours de France, le coureur des Baléares n’a jamais donné l’impression de pouvoir rivaliser avec les Slovènes et compagnie.

Alors qui peut reprendre le rôle d’un Soler, ou être un leader de rechange, peut-être le jeune colombien Ivan Sosa, transféré d’Ineos. Dont on a vanté les qualités de grimpeur/rouleur, mais qui n’a pas encore réussi à percer au plus haut niveau, dans l’escadron britannique. Il a juste remporté le Tour de Burgos à deux reprises et l’an dernier, le Tour de Provence, ce qui n’est déjà pas mal, mais encore insuffisant, alors qu’il a 24 ans.

La direction espagnole fonde aussi beaucoup d’espoirs dans son jeune compatriote Enier Rubio, ancien 2e du Baby Giro, et 7e du Tour de Burgos, mais qui a déjà 23 ans, à peine plus jeune que Sosa.

Puis, il y a le « club des 22 »…22 parce que 22e de la Vuelta ou du Giro. Ils sont trois : l’Espagnol Antonio Pedrero, 22e du Tour d’Italie l’an dernier, et deux nouveaux transfuges : le Navarrais Oscar Rodriguez de retour à la maison, puisqu’il avait été formé au sein de la « Lizarte », équipe de formation de Movistar, il avait fini 22e du Tour d’Espagne en 2019, sous les couleurs basques d’Euskadi. Il a aussi remporté une étape sur la Vuelta l’année avant, et l’an dernier, a terminé 2e derrière « Superman » Lopez au « Mont Ventoux Challenge » et 3e de la Route d’Occitanie… et enfin l’Américain Will Barta : le Californien a fini 22e de la Vuelta en 2020.

L’Allemand Juri Hollman, 15e du tour de son pays ; l’Américain Matteo Jorgenson et le rouleur portugais Nelson Oliveira seront les équipiers qui terminent de former l’équipe qui devra briller sur les tours.

Des Basques pour la dernière campagne de Valverde

Pour les classiques, Movistar a plutôt belle allure… Dans les Flandriennes, on se réjouit de revoir Ivan Garcia Cortina, rarement récompensé de son audace, mais aussi Alejandro Valverde qui va revenir au Ronde après sa 8e place en 2019, ou encore Alex Aranburu.

La venue du Basque est probablement le transfert le plus appréciable pour l’équipe espagnole car le garçon est très complet : il est capable de se mettre en évidence sur l’ensemble de la campagne printanière (6e du Nieuwsblad l’an dernier) et possède une pointe de vitesse non dédaignable pour les grands tours (il a terminé à 7e de Milan-San Remo à deux reprises).

Valverde et Aranburu, que l’on verra donc à coup sûr à leur affaire sur les classiques wallonnes, avec l’aide d’un Gonzalo Serrano (sur la photo), et surtout d’un nouveau transfert très expérimenté : le Basque Gorka Izagirre (debout à droite sur la photo de groupe), dont la route avec son frère s’est séparée puisque Ion a rejoint Cofidis, et qui revient, 5 ans après l’avoir quittée. L’ancien champion d’Espagne a tout de même fini 19e du Giro l’an dernier, et à une place identique l’année avant sur la Vuelta. Vainqueur d’étape sur le Giro.

Enfin, je vous parlais de la pointe de vitesse d’Aranburu (assis à droite sur la photo), Movistar a aussi transféré un autre sprinter, alors qu’elle en était dépourvue auparavant : le jeune allemand Max Kanter (debout à gauche sur la photo), ancien champion d’Allemagne espoirs.

« Vleuty » la reine, Sierra la princesse cubaine

Movistar possède une des perles du peloton. Une gagneuse. Une patronne. C’est « Vleuty », la Néerlandaise Annemiek Van Vleuten. A 39 ans, la native de…Vleuten, vit une seconde jeunesse. En attestent les dix ans qui séparent sa première victoire au Tour des Flandres de celle de l’année dernière. La moisson 2021 a d’ailleurs été plutôt bonne avec « A travers la Flandre » dans son escarcelle, mais aussi la Clasica San Sebastian, 2e à Liège, 3e à Valkenburg, 4e à Huy (monsieur Valverde, vous avez votre pendant féminin…). Elle qui fut championne du monde sur route et dans le chrono, championne d’Europe, championne olympique du contre-la-montre, s’est aussi adjugée la Doyenne, deux Tours d’Italie, deux fois les Strade Bianche et la Course by le Tour de France… n’en jetez plus , la coupe est pleine…

Et forcément, « Vleuty » sera encore la coureuse protégée cette année, mais Movistar a aussi renforcé son effectif avec un autre talent : la Cubaine Arlenis Sierra. Une spécialiste de la piste, qui a remporté l’or à quatre reprises aux Jeux Panaméricains. Et Arlenis a déjà montré qu’elle pouvait aussi se débrouiller sur le bitume, en s’imposant notamment l’an dernier à la classique de Navarre et au Tour de Toscane. 5e des Mondiaux, elle avait dans le passé remporté le Tour de Bretagne et fini 2e du Giro 2017 et 4e de Gand-Wevelgem, c’est dire l’étendue de ses qualités.

La direction espagnole veut aussi parier sur l’avenir, avec l’engagement de la jeune australienne Sarah Gigante, 21 ans (en provenance de Tibco), et championne d’Australie du chrono et ancienne lauréate dans la course en ligne.

D’autres noms ressortent aussi : avant tout celui de la jeune danoise Emma Norsgaard, 22 ans. L’ex-championne du Danemark a fait une remarquable saison l’an dernier, en s’imposant dans une étape du Giro ; en finissant 2e du Nieuwsblad, du Samyn et du GP de l’Escaut, et 6e de Paris-Roubaix.

Ou encore la Bretonne Aude Biannic, ex-championne de France, 2e du Tour de Belgique en 2018 ; les ex-championnes d’Espagne Sheyla Guttierez et Lourdes Oyarbide, ou encore la Colombienne Paula Patino, 8e du Giro 2020, et l’Italienne Barbara Guarischi, qui y a gagné une étape, après avoir fini 9e à Wevelgem en 2019.

Petite soeur des deux formations de la route, l’équipe d’e-biking a été présentée avec tous les cadors du bitume. Cette formation ne compte que deux Espagnols en ses rangs, Ana Dillana et Miguel Angel Andres, les autres viennent essentiellement de Scandinavie (Mehl & Guld) et du Royaume Uni (Clutterbuck, Simmonds, Kershaw, Storie et Maciver)

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