Vélo by Léo — Lionel Solheid

Lionel Syne, le « Globe-Trotter »

Je vivais à la surfeur

Le rêve californien

Sa toute première expérience pro, Lionel Syne la réalise en 2001 au sein du team américain Webcor, et l’expérience s’avère plutôt réjouissante. « D’emblée, je réalise plusieurs podiums dans des épreuves nationales, toujours grâce à mes qualités de sprinter, face à des gars qui font alors partie de l’US Postal, de l’équipe Saturn, et autres formations qui , en plus des courses américaines, étaient aussi alignées sur des épreuves de second plan en Europe. Je me suis mesuré à des gars comme Chris Horner (le plus vieux vainqueur de Tour, avec ce succès au classement final de la Vuelta 2013, à l’âge de 41 ans, presque 42), qui a ensuite fait partie de l’équipe Webcor, l’année suivante; je me fais un nom, mais je ne parviens pas à remporter de victoire au niveau national, c’est mon seul regret. Ok je gagne encore des courses de moindre importance, mais dans les épreuves nationales, je tombais souvent sur le sprinter canadien Gordon Fraser (vainqueur d’une étape du GP du Midi Libre, mais aussi du calendrier national américain à deux reprises), alors chez Mercury. Il y avait aussi Fred Rodriguez, qui courait chez Lotto. Des gars que j’ai battu à l’occasion, mais jamais pour la victoire (rires) ».

Lionel en rit aujourd’hui, mais ce petit plus, celui d’un succès national, est probablement ce qui explique qu’il n’est pas parvenu à intégrer un team de pointe. « Je pense que cela m’aurait ouvert d’autres portes…cela n’est pas arrivé, c’est comme ça… ».

A l’époque, aux Etats-Unis, c’est l’ « Armstrongmania ». Lance Armstrong écrase tout sur les grands tours (on saura plus tard de quelle manière), et « le phénomène « Armstrong » se traduit par une grande popularité des courses cyclistes (photo: Chris Horner, Saturn). Il y avait pas mal d’organisations, beaucoup de coureurs, mais ce n’était pas la même chose qu’en Belgique où vous aviez des courses cinq jours sur sept, et le choix entre plusieurs épreuves, là-bas, elles se déroulaient essentiellement le week-end, hormis les courses par étapes. En général, un jour du week-end était réservé au criterium, c’est à dire une heure ou une heure et demie, et deux tours, ou une course en circuit, et le lendemain, on avait droit à une course en ligne, composé de trois-quatre grands tours d’une quarantaine de kilomètres…faites le compte ».

Lionel effectue deux saisons au sein de l’effectif Webcor. Avec un contrat pro, même si celui-ci n’était guère juteux… « J’étais payé…ouais (rires)…à vrai dire, je vivais « à la surfeur » …j’habitais à cent mètres de la plage, je louais un appartement vraiment très bon marché à un copain…je mangeais beaucoup de burritos (rires de nouveau) et j’avais acheté une vieille Volvo de 1978 qui m’avait coûté 500 dollars…la vie était très simple, je ne pensais pas à grand chose, à part rouler sur un vélo. Je gagnais donc très peu ma vie. Il y avait de temps à autres de petits bonus, en cas de bons résultats, mais le montant de mon fixe était ridicule, il couvrait à peine mes dépenses ».

Lionel-le-Stavelotain fait presque figure d’extra-terrestre sur la planète US cycling: il est le seul européen de son équipe… « Et presque le seul sur le circuit national américain. Il y avait juste l’Italien Roberto Gaggioli, qui était installé aux Etats-Unis depuis pas mal d’années et qui courait en 2001, pour la petite équipe Defeet-LeMond, avant de s’engager pour Amore & Vita; il y avait l’un ou l’autre australien, comme Gordon McCauley , quelques Russes, tels que Vassili Davidenko, alors chez Navigators »

Le Néo-Californien se plaît bien sur la côte ouest américaine. Il revient deux à trois l’année dans sa cité abbatiale, mais l’objectif est bel et bien de demeurer au soleil de Santa Cruz. « Pour cela, tôt ou tard, il fallait trouver une solution pour y rester, un peu comme pour s’installer en Suisse, ou pour un Américain en Europe…pour cela, il faut trouver une société qui vous sponsorise, parce qu’elle a besoin de vos services pour une qualification spécifique, ou alors…vous marier (rires), en tous cas je réfléchissais aux options qui s’offraient à moi pour pouvoir y resterEt puis, lors d’une de mes visites à Stavelot, arrive ma troisième révélation, assurément la plus importante… Je revenais chez mes parents, entre deux courses sur la côte-est américaine, je fais la connaissance de Chantal, ma compagne, et c’est le coup de foudre…Je pars vivre de l’autre côté du monde et je tombe amoureux d’une fille qui habite à sept kilomètres de ma maison natale, histoire un peu folle… »

Pour Chantal et Lionel débute alors une relation à (très grande) distance… A l’automne, la jeune femme fait le déplacement pour la Californie, histoire de savoir si ça peut lui plaire, la vie outre-Atlantique. Elle y passe deux semaines, mais même si cela se passe bien, elle fait comprendre à Lionel que la distance avec sa famille lui sera insupportable. Point de vue qui va déterminer la suite de la carrière de son amoureux: back to Belgium.

La Tour de Babbel des frères Kramer

A cette époque, Lionel était déjà en contact avec la formation Marco-Polo, basée à Geleen, au nord de Maastricht, équipe à sponsors asiatiques, et spécialisée dans les courses non-conventionnelles. « C’est une équipe qui prenait part aux courses du calendrier asiatique, d’Amérique du sud, de l’Europe de l’est. L’effectif comptait plusieurs coureurs chinois qui venaient s’entraîner en Europe, dans la perspective des J.O de Pékin. Des liens avaient déjà été tissés dans le passé: j’avais fait leur connaissance sur la Sea Otter Classic, puis j’avais couru avec eux au sein d’une équipe mixte, au Tour du Faso. Et après être revenu en Belgique, je pars avec eux au Burkina pour la seconde fois ».

A l’issue de ce deuxième tour du Faso, Marco-Polo engage le Stavelotain pour un programme 2004 très international, pas pour rien qu’on le surnommera le globe-trotter du cyclisme belge. « Je pars du principe que jamais rien n’arrive par hasard et comme je ne suis pas le genre de gars qui s’est fixé un plan de carrière extrêmement strict…je suis passé du VTT à la route; je suis parti aux Etats-Unis, etc. et j’ai saisi les opportunités qui s’offraient à moi…à l’instinct. J’aime l’aventure, j’aime les rencontres, les découvertes… Aux Etats-Unis par exemple, ce que j’appréciais, c’était de revivre les mêmes sensations qu’à mes débuts dans le VTT, aussi amateur que convivial. On voyageait pas mal, on faisait la connaissance des coureurs des autres équipes, à l’hôtel, etc. On passait d’un Etat à l’autre au gré de ces courses…j’ai visité les Etats-Unis de cette manière ».

S’engager chez Marco-Polo, pour Lionel, c’est donc aussi synonyme d’un retour au bercail… « Et cela me permet de toujours « vivoter » de ma passion, tout en visitant le monde… comme par exemple la Corée, la Chine, le Sri Lanka, le Burkina, le Maroc, Cuba et bien d’autres, mais bien entendu ma course de coeur restera à tout jamais le Tour du Faso, auquel j’ai participé à six reprises…j’espère d’ailleurs y retourner dans les années à venir, en espérant que la situation politique s’y normalise enfin ».

Ouvert sur le monde et sur les autres, le Stavelotain garde aussi ce souvenir chaleureux de cette multiculturalité, au sein de l’équipe. « Les mecs venaient des quatre coins du monde. J’étais quasi le seul Européen, si ce n’est qu’à la base, ce sont deux frères néerlandais, Guido et Remco Kramer , qui ont créé le projet avec l’ancien pro néo-zélandais de Motorola, Nathan Dahlberg. Remco et Nathan étaient d’ailleurs encore coureurs quand j’étais chez eux. J’avais un équipier allemand, Felix Rohrbach, trois Néerlandais dont l’ex-pro passé chez Lotto, Maarten Tjallingii mais pour le reste, c’était des Asiatiques, des Néo-Zélandais, des Australiens, des Américains, un Canadien, un Erythréen, etc. ultra cosmopolite…sympa de parcourir le monde avec eux. On apprend énormément sur soi, les autres, les pays, les cultures… ».

Et parfois, les conditions de voyage se révèlent chaotiques, voire insolites… « Ah, c’était loin d’être le circuit professionnel… je me souviens qu’au Tibet, dans les étapes de montagne, on dormais dans des camps de fortune de l’armée . Toute l’équipe dormait dans le même dortoir, plutôt exigu, avec les vélos qui pendent au mur…on lavait nos tenues à la main, et on les faisait sécher sur les lits…au Burkina, on avait plusieurs nuits en bivouac, mais l’organisation, par contre était très bien huilée, et pour cause, elle était prise en charge par A.S.O (Tour de France), pour ensuite permettre à la fédération burkinabée de la maîtriser… On sortait du cadre strict et traditionnel du circuit européen, et c’est ça qui me plaisait aussi ».

Et Lionel ne nourrit pas de regret de ne pas avoir pu évoluer à un niveau plus élevé, dans le circuit européen: « Je n’ai pas eu la chance, l’opportunité ou le talent de pouvoir y prétendre, mais ces expériences diverses ont permis de me rendre riche, pas en argent, mais de rencontres, de voyages, des choses vraiment extraordinaires en fin de compte. Des expériences de vie incomparables ».

L’aventure Marco-Polo se termine en 2004 (photo au Tour du Faso, avec l’ex-patron d’A.S.O, Jean-Marie Leblanc), en tant que membre régulier de l’équipe. « Je me rends compte que si je veux bâtir un ménage avec Chantal, cela ne peut plus fonctionner sur le long terme. Il fallait que je me trouve un job. Qui plus est, je n’ai pas décroché les résultats escomptés pour décrocher un contrat plus conséquent. Pourtant, je ne suis pas passé bien loin, notamment sur des courses 1.2 en Europe de l’est, comme au GP de Tallinn, où j’étais dans la bonne échappée, mais où je crève dans le final, sans quoi j’étais assurée de faire un TOP6. Sur ce type de courses, il y avait des formations pro européennes, donc j’aurais pu m’y faire remarquer ».

Grâce à une amie, il trouve un boulot d’éducateur dans un établissement pour autistes. C’est le début de l’après…

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