Vélo by Léo — Lionel Solheid

Ludivine Henrion, une carrière aux accents bataves, et des performances, aux côtés de Marianne Vos et d’autres championnes

Plein de virages en descente, mon point fort, personne n’est revenu

De Bik-Gios au premier épisode Lotto

La première saison « pro » de Ludivine, ou plutôt UCI -elle n’a jamais eu de contrat professionnel en tant que tel au cours de sa carrière-, débute sous bannière néerlandaise avec Bik-Gios. Une équipe plutôt modeste, où l’on retrouvait aussi la Pollinoise Corine Hierckens. « Cette équipe avait un niveau comparable à Bingoal-Chevalmeire, pour prendre une référence actuelle. Nous étions surtout heureuses de pouvoir être au départ des courses ».

Rinus Verboom, l’homme qui avait repéré le talent de la Hesbignonne, l’année avant, quitte le projet en 2005, et emmène plusieurs filles, dont Ludivine et Corine, pour un autre projet néerlandais, Therme Skin Care. Une équipe à forte coloration batave, avec aussi l’Allemande Sarah Düster et la Lituanienne Agne Bagdonaviciute. « A ce moment-là en Belgique, il n’y avait pas d’autre équipe UCI que Vlaanderen et en tant que Wallonne je ne pouvais pas y accéder…même en fin de carrière, on a tenté cette option, mais comme j’avais un contrat à l’ADEPS, je ne pouvais résolument pas faire partie d’un tel projet, financé par la communauté flamande, alors que mon contrat relevait de la région wallonne. C’est comme si je roulais pour Proximus, alors que c’est Voo qui me paye ».

C’est en juin 2006 que la Berlozienne signe avec l’ADEPS et peut enfin gagner sa vie en pratiquant sa discipline. « Avant cette date, j’effectuais des études d’éducation physique, ce n’était donc pas possible avant. Des études en parallèle de ma carrière sportive. J’ai suivi ce cursus dans la Haute-Ecole HEMES, à Loncin. Une petite école dont la direction s’est progressivement montrée ouverte à aménager mes études en fonction de mon contrat et de ma carrière. J’ai été championne de Belgique juniore juste avant ma seconde session, durant ma première année. J’avais treize examens à repasser, vraiment impossible pour moi…ils ont voulu en discuter et à partir de ce moment-là, j’ai pu mener les deux activités de front, notamment en fonction des stages organisés, voire des entraînements « .

Dans ses premières années, Ludivine remporte notamment le Tour de Charente maritime à deux reprises… « Mais c’était plus une course nationale qu’autre chose. Mon premier résultat international probant, c’est peut-être ma 7e place aux championnats d’Europe espoirs de 2004, l’épreuve avait lieu en Estonie (ndla: victoire de la Suédoise Monica Holler)…c’est d’ailleurs là que j’ai rencontré mon compagnon (ndla: l’ex-professionnel belge Olivier Kaisen) ».

2006, c’est aussi l’année où elle intègre le premier projet belge UCI de Lotto-Belisol. « J’ai appris lors la fête qui était organisée après ma course d’adieux, à Corswarem, que Danny Schoonbaert et Guy Kostermans avaient monté ce projet à l’échelon UCI, pour pouvoir m’attirer dans l’équipe. Danny avait une fille qui faisait du vélo en même temps que moi, alors que Guy, patron de Belisol, me suivait depuis mon premier titre de championne de Belgique: il habitait à une quinzaine de kilomètres de chez mes parents. C’était vraiment un mordu, et il d’ailleurs encore sponsor aujourd’hui ».

« Je venais de signer dans l’équipe de la championne du monde »

Dans cette équipe, une majorité de Belges, mais aussi une coureuse australienne. Ludivine était la seule wallonne cette année-là. Une expérience qui ne durera toutefois qu’une seule année, car en 2007, Ludivine rejoint DSB Bank, l’équipe néerlandaise construite autour de la championne du monde, la Néerlandaise Marianne Vos. Probablement le plus beau palmarès du cyclisme mondial dans les années 2000: triple championne du monde, elle a remporté cinq fois la Flèche Wallonne, dont la première victoire remonte justement à l’année 2007. Dans son escarcelle, elle a aussi le Tour des Flandres, quatre Trofeo Alfredo Binda, trois tours de Drenthe, Gand-Wevelgem, les deux courses by le Tour de France et une trentaine d’étapes au Giro. Cela laisse pantois…

 » L’annonce de la signature de mon contrat n’a d’ailleurs été que moyennement appréciée je m’en souviens. C’était justement aux championnats du monde de 2006, à Salzbourg, que Marianne venait de remporter. L’équipe nationale belge avait très mal roulé (ndla: la meilleure place, une 24e place pour Evy Van Damme), et je me souviens être entrée toute enthousiaste dans le bus de l’équipe en hurlant que je venais de signer dans l’équipe de la championne du monde… là, on m’a regardé de travers (rires)…oups, j’aurais mieux fait de me taire« .

Dans cette équipe DSB, Ludivine est la seule étrangère. Mais l’équipe est vraiment forte, en dehors de Marianne Vos. « On avait notamment Adrie Visser, qui avait gagné le Tour de Drenthe. J’y termine 13e et je suis seulement 3e de l’équipe, c’est dire le niveau. C’est une de mes meilleures années aussi: quand on fait partie d’une équipe de ce niveau, inévitablement on est tirée vers le haut. On avait fait une dizaine de jours de stage à Majorque, qui m’avaient vraiment bien réussi. C’est la première fois, pour moi, que l’encadrement était « pro » à ce point, même si par rapport à l’heure actuelle, cela restait plus que modeste… Il y avait quand même un budget derrière tout cela: j’avais dit que je ferais du cyclocross l’hiver et ils m’ont mis deux vélos de cyclocross à disposition; j’avais deux vélos de course et un vélo de chrono toute l’année. C’était l’équipe de la championne du monde aussi…Tout tournait autour de Marianne, qui n’avait alors que 19 ans, mais aussi autour de la formation des autres jeunes ».

La Hesbignonne ne restera qu’une seule saison chez DSB. « C’est clairement une des erreurs de ma carrière, de n’y être pas restée plus longtemps… Le staff voulait me garder, mais l’organisation des Jeux Olympiques de Pékin l’année suivante a précipité ma décision. Pour pouvoir y aller, il fallait des résultats, et c’est vrai que chez DSB, je devais courir pour Marianne, et pas pour ma carte personnelle. J’ai quand même gagné des kermesses en 2007, et Marianne rendait souvent la pareille, mais comme elle savait tout faire, toute l’équipe roulait pour elle. Il me fallait des résultats, et donc j’ai quitté DSB pour une autre équipe néerlandaise, AA Drink, avec Chantal Blaak et Heidi Van de Vijver, qui en était la directrice sportive (ndla: une équipe dans laquelle on retrouvait aussi la Suédoise Emma Johansson, la Néerlandaise Kirsten Wild et des Belges comme Latoya Brulee et Laure Werner) …et ce fut…ma pire année, tout simplement ».

Ludivine ne se plaint pas de l’encadrement qui était presqu’aussi bon que chez DSB, mais « la mentalité ne me convenait pas du tout. Il fallait tout le temps performer. Si on terminait dans le gruppetto, en rigolant, on se faisait enguirlander. C’était pas fait pour moi en tous cas. Trop austère à mon goût, et moi qui aimais bien mettre l’ambiance… ». Et cerise sur le gâteau, si l’on puit dire, cette saison ne lui permet pas d’aller à Pékin. Elle gagnera le Grand Prix de France en fin de saison, avec une 9e place au chrono des nations. « J’ai l’impression que je me suis grillée dès le début: on a effectué un stage en janvier où on a roulé beaucoup trop, 1000 km sur la semaine, et cela n’a pas produit l’effet escompté sur moi, cela m’a quasi foutu toute ma saison en l’air, si pas pire… J’avais un taux d’hématocrites assez bas et rouler des heures et des heures, je ne récupérais pas, mais à ce moment-là je ne le savais pas. Et évidemment quand on n’est pas en forme, on tombe, on crève, etc., il nous arrive tout ce qu’il ne faut pas ».

Un second titre national à Hooglede, son meilleur souvenir

En 2009, AA-Drink met la clef sous le paillasson, « et j’ai donc de nouveau changé d’équipes (rires) ». En fait, Ludivine suit Heidi Van de Vijver et Emma Johansson chez Redsun. C’est la Suédoise qui était « leader » de cette autre formation néerlandaise, toujours dirigée par l’ancienne championne belge. « Avec Heidi, nos mentalités divergaient pas mal en fait. Dans sa vie, elle avait tout sacrifié pour le vélo, et ce n’était absolument pas ma philosophie. Pourtant, je suis restée trois ans avec elle. En 2009, je suis championne de Belgique pour la seconde fois, après 2007, et c’est vraiment une de mes plus belles victoires: j’ai pu savourer, car contrairement à 2007 (ndla: elle gagne au sprint, à Zemst, devant Ine Wannijn et Liesbeth De Vocht), je l’emporte en solo, avec quelques mètres d’avance sur les autres (devant Latoya Brulee et Kelly Druyts). Je suis en fait sortie à deux kilomètres de l’arrivée. Cela se passait à Hooglede, un circuit pas trop compliqué, avec juste une bosse en pavés de quelques centaines de mètres, où Philippe Gilbert est aussi devenu champion de Belgique. Je me souviens, il n’y avait quasi pas de vent ce jour-là, mais la course a été tellement animée qu’il n’y en a que 13 qui font fini… 126 km de parcours et j’en ai fait 125 en échappée… Tout était réuni pour que ce soit un de mes meilleurs souvenirs. Grace Verbeke était la grande favorite: elle finit 5e, mais gagnera le Tour des Flandres l’année suivante. En fait, c’est elle qui a attaqué dès le départ de la course, et j’ai sauté dans sa roue. En fin de compte, j’ai été la plus « filou » avant l’arrivée…dans le dernier tour, je me fais lâcher dans le secteur pavé, elles sont 7-8 devant. Sur la ligne, le speaker l’annonce et mes parents sont déçus, puis il ne dit pas que je parviens à revenir…je mets une « mine » directement, et là, le speaker annonce que j’attaque…ils ne comprenaient plus rien… C’était une ligne droite, « vent dans le cul », elles se regardaient, alors j’ai pas hésité un seul instant, j’ai tenté le tout pour le tout, puisque de toute façon j’étais cramée. Dans le final, il y avait plein de virages en descente, mon point fort, plus personne n’est revenu ». Son meilleur souvenir avec les Mondiaux de 2011, à Copenhague.

Après avoir emménagé avec Olivier dans leur maison de Noville-sur-Mehaigne, durant l’hiver 2010-2011, Ludivine revient chez Lotto, après deux saisons chez Redsun. Lotto-Honda pour être exact. « C’était plus solide que les années précédentes. Il y avait l’Australienne Rochelle Gilmore dans l’équipe (lauréate de la Geelong World Cup) -mais aussi la Sud-Africaine Ashleigh Moolman et la Hervienne Cathy Delfosse– : grâce à son réseau de connaissances, on a pu rouler sur des Pinarello tout équipés. Rien que le vélo m’a convaincu de venir (rires)« .

2011, la meilleure année, comme le « Phil »

2011 sera la meilleure saison de Ludivine, « comme pour Oli d’ailleurs (ndla: il double sa participation au Giro et à la Vuelta). Comme 2008 était la pire pour chacun également ». 2011 qui est aussi la grande année de Philippe Gilbert. « Je termine 8e au Tour des Flandres, après une longue échappée…on terminait par le Mur de Grammont et le Bosberg à ce moment-là, c’était vraiment difficile. C’est d’ailleurs la toute dernière année où l’arrivée était jugée à Ninove ». Un Ronde 2011 qui renforce le parallélisme avec le « Phil ». « Lui aussi avait attaqué dans la course des hommes, et on se fait reprendre au même endroit de la course, après le Bosberg, à la différence près que moi j’ai attaqué avant le Molenberg, il restait entre 50 et 60 kilomètres, mais sans vraiment le vouloir, car je pensais qu’il y avait encore des filles devant. Lorsqu’on a commencé à nous filmer, j’ai compris qu’on était seules à l’avant, avec mon ancienne équipière allemande Sarah Düster (ndla: Philippe avait attaqué, en vain, dans le Bosberg, avant de terminer 9e) ». C’est la Néerlandaise Annemiek Van Vleuten qui l’emporte à Ninove, en battant la Russe Tatiana Antoshina, et Ludivine sprinte avec d’autres pour la troisième place, et c’est…Marianne Vos qui finit 3e, devant Emma Johansson, ses deux anciennes cheffes de file. Ludivine est deuxième belge, juste derrière Grace Verbeke. « Nous étions une grosse dizaine, les plus fortes, à s’être dégagées dans le Bosberg…ou avant. Düster m’avait lâchée dans le Mur, mais je la bats quand même à l’arrivée. Elle faisait partie de l’équipe de Van Vleuten et Vos, et son échappée a d’ailleurs permis à Van Vleuten de ne pas faire trop d’efforts dans le final, une belle tactique de course ».

Ludivine a participé à 7 Tours des Flandres, mais surtout 9 Flèches wallonnes (qu’elle termine à une brillante 15e place en 2011), et pourtant ni l’une ni l’autre n’est sa course fétiche… La Hesbignonne a tissé au fil du temps un attachement particulier avec le Trophée d’Or, une épreuve française par étapes, organisée dans la région de St Amand-Montrond, dans le Cher. Une course organisée entre 1997 et 2016, dont la première édition fut remportée par une certaine Jeannie Longo, dont le record de victoires est détenu par Emma Johansson et la Lituanienne Edita Pucinskaite, et que les Néerlandaises Leontien Van Moorsel et Marianne Vos ont gagné une fois.  » J’y ai pris part à neuf reprises, chaque année, sauf la dernière, car j’avais la mononucléose… J’y ai gagné une étape en 2004 (à St Amand, devant Fanny Riberot et Katia Longhin), et une autre en 2005 (à Orval, devant Katia Longhin et Dorte Lohse). Chaque année, j’essayais de m’y mettre en évidence, en portant le maillot de meilleur jeune, de meilleur grimpeuse, il faut dire que durant les premières étapes, les GPM étaient jugés au-dessus de ponts d’autoroute… (rires). J’avais même un fan-club là-bas. En 2008, j’ai même remporté le classement de la montagne, car le jour de la grosse étape, j’ai pris l’échappée matinale et les points qu’il fallait… Et là, j’ai vu qu’il y avait mon nom écrit partout sur la route, tellement j’y avais des fans, des gens du coin. Mon père ne comprenait d’ailleurs pas pourquoi je ne me motivais pas autant dans d’autres courses, car je prenais l’habitude de rouler tout le temps derrière quand ce n’était pas nécessaire d’être aux avant-postes, par exemple… Sur cette course, que je sois bien ou pas, je me battais toujours pour être aux devants de la course ».

Sur place, une belle amitié s’est forgée avec une famille de vignerons, la famille Tassin, à Sancerre. « En particulier un frère et une soeur, avec lesquels on communique toujours aujourd’hui. Un lien tellement fort que lorsque nous avons perdu notre enfant (ndla: Ludivine et Olivier ont perdu un petit bébé de 16 mois en 2015), ils ont décidé de créer cette année-là un prix portant son nom, pour la première belge du classement. Quand j’étais là-bas, j’avais vraiment l’impression d’être comme à la Flèche Wallonne, un peu chez moi… Les mots écrits au sol, les encouragements « Allez Ludivine ! ». La toute dernière année qu’ils l’ont organisée, on y est allé avec la petite qui n’avait que deux mois… ». (photo avec son équipière, Emma Johansson)

Huitième des Mondiaux et le respect de Marianne Vos, les cadeaux de fin de carrière

2011, c’est aussi l’année des championnats du monde à Copenhague, probablement la plus belle performance de Ludivine au niveau international. L’Italienne Giorgia Bronzini s’y impose au sprint devant…Marianne Vos et l’Allemande Ina-Yoko Teutenberg. Ludivine est huitième, après une 15e place à la Flèche Wallonne, la même année. « J’étais une bonne descendeuse, mais ce que j’appréciais le plus c’était les sprints en côte, des sprints explosifs, de puncheuses. A Copenhague, c’était le cas. Et pourtant, en début de carrière, j’étais vraiment une sprinteuse, dans les sprints massifs, puis j’ai perdu un peu de poids et mon profil a été bouleversé. Quand j’étais vraiment bien, je passais les longues bosses, mais pas celles qui étaient pavées par contre, c’était trop nerveux pour moi, au niveau du placement. Chez Lotto, ils avaient compris qu’il ne fallait pas m’agacer avec ça (rires). La Flèche, c’était trop dur pour mon gabarit, je faisais quand même environ 63 kilos…quand tu te retrouves avec des filles comme Emma Pooley (lauréate de la Flèche en 2010), qui en faisait 45, tu partais avec un fameux désavantage (rires) « .

A Copenhague, Ludivine est dans un excellent jour. « Tout roulait bien ce jour-là. La forme était là. On dit toujours que dans ces cas-là, on ne commet pas d’erreur, on ne crève pas, on ne tombe pas, c’était le cas. Je me souviens qu’au début de la course j’avais roulé devant, puis je m’étais ensuite cachée à l’arrière, et à trois tours de l’arrivée, j’étais remontée aux avant-postes. En même temps que toute l’équipe italienne, de l’autre côté de la route, comme quoi j’avais bien senti la course ce jour-là (rires). Sous cette impulsion, le peloton s’était cassé à plusieurs reprises. Et puis l’arrivée en côte, où je me suis révélée en quelque sorte: je savais que ce type d’arrivée pouvait me convenir, mais de là à rivaliser avec les meilleures, je ne me le figurais pas. Et si j’en avais été consciente, si le coach fédéral l’avait été aussi, on aurait pu courir différemment, même si ça allait très très vite, ne serait-ce que pour me sortir du vent et me protéger dans ce sprint. Je ne pense pas que j’aurais pu finir sur le podium, mais le TOP 5 était envisageable ». Ludivine termine 8e, juste derrière Lizzie Deignan. Son équipière Grace Verbeke est 15e. « Cette huitième place était vraiment extraordinaire pour moi. Après avoir passé la ligne, je n’y croyais pas, c’est un des mécanos de l’équipe qui me l’a annoncé, j’étais folle de joie. C’était vraiment la bonne année pour le faire, puisque c’est grâce à cette place que j’ai pu être sélectionnée pour aller aux J.O de Londres l’année suivante. Ma 8e place valait 90 points UCI, plus que gagner une course en 1.1, c’était le jackpot. Qui plus est, je remplissais les critères du comité olympique belge: cela équivalait à une finale en athlétisme, donc pas le choix, ils devaient me prendre avec ».

2012 sera la dernière saison de Ludivine comme coureuse élites. Elle reste chez Lotto. « Et c’est d’ailleurs la première année qu’ils créent un pont entre l’équipe féminine et masculine. Olivier et moi, on avait les mêmes maillots (sourire) ».

Ces J.O, sur le plan sportif, n’ont pas répondu aux attentes de la Hesbignonne, dont la fin de carrière se rapprochait inexorablement. « Par contre, humainement, c’était vraiment très chouette. Un peu dingue, hors normes. Après trois jours dans le village olympique, on découvrait encore de nouveaux coins. Au niveau performance, je n’aurais pas pu faire mieux, puisque je faisais la mononucléose, et je ne le savais pas. Pas de force dans les jambes. Dans les dernières étapes du Giro, que je venais de terminer, j’étais tous les jours dans le gruppetto. Ceci dit, heureusement que l’on ne s’en est pas aperçu avant, sans quoi je n’allais pas à Londres….et dans la carrière d’un sportif, c’est vraiment une apothéose. Quand je dis aux gens qui ne me connaissent pas que j’ai été aux jeux olympiques, ils écarquillent les yeux (ndla: ce que nous disait aussi Arnaud Dubois, qui faisait aussi partie du voyage à Londres): et c’est vrai que c’était une expérience inoubliable ».

En partant aux Jeux, Ludivine était décidée: elle arrêterait la compétition en fin de saison. « Contre l’avis de mon père d’ailleurs…. je le lui avais annoncé juste avant que je ne m’en aille à Londres, en soumettant l’idée de faire mes adieux le premier week-end d’octobre, lors de la course d’aspirants qui est organisée à Corswarem, devant la maison de mes parents. Il ne voulait pas en entendre parler, mais il a fini par accepter ».

Et donc, c’est bien le samedi 6 octobre que Ludivine a fait ses adieux au peloton. Dans son village. « Il faisait dégueulasse, mais il y avait un monde de fou. Genre 3 à 400 personnes. Et Marianne Vos est venue ce jour-là, elle m’a fait un tel honneur de sa présence, je ne l’oublierai jamais. J’ai énormément de respect pour elle parce que finalement, on a roulé qu’un an ensemble… Elle est venue pour me faire plaisir. Par contre, j’ai pas rigolé pendant la course (rires)…le but étant quand même que je la gagne, mais en sa présence, il fallait se surpasser, en plus, elle a mis une mine dès le départ, alors que j’avais toujours la mononucléose… j’ai encore le goût de sang dans la bouche pour me faire violence. On est finalement parties à trois, puis avec Marianne, on s’est extirpées en tête et au sprint…j’ai gagné (clin d’oeil)…c’était comique d’ailleurs, parce qu’il y avait des gens qui croyaient dur comme fer que j’avais réglé Marianne Vos au sprint, la championne du monde…alors que c’était évidemment pour elle une jolie manière de me rendre hommage ».

Ludivine n’a par contre pas eu la chance de pouvoir prendre part à la course Liège-Bastogne-Liège, puisque le pendant féminin a été créée en 2017. Après la fin de sa carrière. « Mais mon plus grand regret, c’est de n’avoir pas pu performer sur le Samyn, seule autre course de renom organisée en Wallonie, pour la première fois, lors de ma dernière saison. J’ai été bloquée par une chute et je n’ai donc pas pu y défendre mes chances. Je finis dans un deuxième peloton -elle sera 44e-, pourtant c’était alors une course que j’appréciais: celle de maintenant m’aurait nettement moins plu car elle est devenue très nerveuse, trop pour moi ».

Ludivine ne nourrit par contre aucun regret d’avoir arrêté cette année-là, alors que plusieurs de ses adversaires de l’époque sont aujourd’hui toujours en activité (comme Vos, Van Vleuten ou Moolman). « J’étais décidée dans ma tête. J’avais envie de partager du temps avec mes proches, vivre une vie de famille. Je n’avais eu aucun pépin physique durant ma carrière, jusqu’à ces deux dernières saisons, notamment un mal à la jambe gauche dont on n’a jamais pu trouver l’origine. Une douleur qui revient d’ailleurs quand je force un peu sur un vélo, encore aujourd’hui. Avec la mononucléose en plus, je sentais bien que ma tête et mon corps me disaient stop…et pourtant je n’avais que 28 ans. Je voulais passé à autre chose tout simplement. Et comme on voulait des enfants, et que je ne conçois pas le principe de faire des come-back incessants (comme Lizzie Deignan par exemple), parce qu’ils grandissent vite et que je ne veux pas rater cela, ma décision était la bonne. Ce sont des moments uniques que je ne voudrais donner à personne que de pouvoir élever ses enfants, comme je l’ai fait, sans devoir les mettre à la crèche ».

C’est déjà à la fin de cette année-là, entre les Jeux londoniens et sa dernière course que Ludivine travaille d’emblée sur un projet de développement du cyclisme féminin en Wallonie. « J’avais eu le soutien du ministre Antoine, mais l’ADEPS n’a jamais suivi ». Des ambitions simplement reportées.

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